Grâce Lamizana et l’aviculture biologique au Burkina Faso

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SIAD : Pouvez-vous m’expliquer votre parcours ?

Grâce Lamizana : J’ai commencé ma scolarité au Burkina Faso. J’ai fait initialement des études de droit. Dans le cadre d’un échange avec la Sorbonne, je suis allé une première fois en France. J’ai décidé de rester et de me lancer dans des études de biologie moléculaire. Je me suis marié. Après une période de chômage, on a décidé de vendre notre maison de Savigny-le-Temple et avec l’argent d’investir au Burkina Faso.

Je voulais faire quelque chose pour aider les gens. J’avais envie de participer au développement. Le SIAD et les ateliers Cré’Afrique m’ont donné de l’énergie et m’ont bien accompagné dans mon projet.

Nous sommes partis en 2012 et nous avons acheté 3 hectares de terre dans la banlieue de Ouagadougou, à Kamboincé. L’Etat burkinabè m’a accompagné pour trouver les structures et avoir le permis d’exploiter. Aujourd’hui, je fais de l’élevage de volaille et de l’agriculture. On voulait être près de Ouagadougou pour profiter des infrastructures qui facilitent grandement les déplacements et l’activité économique.

Le projet s’est lancé et nous avons eu tout de suite des difficultés pour l’alimentation des bêtes. La nourriture n’était pas aux normes et je ne voulais pas prendre le risque d’empoisonner mes volailles. J’ai été obligé de m’y mettre moi-même, avec l’aide de L’Institut National de l’Environnement et de la Recherche Agricole (INERA), pour confectionner de la nourriture adaptée. J’ai reçu l’aide d’un agronome pour fournir toutes les vitamines nécessaires aux volailles.

J’ai fait deux cycles d’élevage. Le premier avec 300 volailles achetées au Burkina, elles avaient 2 ou 3 semaines. Le 2ème cycle je l’ai fait avec 1010 poussins achetées en France. J’ai dû m’approvisionner en France car je n’ai pas trouvé de structures sûres concernant les vaccinations et les certifications. La commercialisation des volailles du 2ème cycle d’élevage s’est très bien passée.

Cela fait à peu près un an et demi que je suis revenu en France. L’un des murs de l’exploitation s’est effondré et j’ai décidé de revenir en France pour mettre de côté, afin de pouvoir reconstruire le mur. Je compte repartir dans le courant de l’année 2017.

SIAD : Quelles sont les compétences nécessaires pour mener à bien votre projet ?

GL : C’est le contexte qui m’a poussé à me lancer. Le Burkina Faso est un pays d’élevage. Normalement c’est les bœufs, moi j’ai décidé de faire de la volaille.

Mes études de biologie moléculaire m’ont orientée vers l’élevage.

Au Burkina peu de personnes font de l’élevage et de l’agriculture de rente. Je voulais gagner ma vie et aider mon village. Le simple fait de construire une étable a permis aux Peuls nomades de venir faire vacciner leurs bœufs.

Ils poussent les éleveurs à vacciner leur bétail, mais il n’y a aucun lieu pour le faire. L’Etat est très lent lorsqu’il s’agit de mettre en action les politiques au niveau pratique.

SIAD : Quelle est la taille de votre marché ?

GL : Je vendais mes volailles dans les alentours de Ouagadougou. Le Centre de promotion de l’aviculture villageoise (CEPAVI) m’a fourni une aide technique. Ce centre aide les éleveurs à écouler leurs stocks en mettant en lien les différents acteurs des filières. C’est également une structure d’accompagnement dans l’élevage. Le CEPAVI sert d’intermédiaire, il fait en sorte que la demande soit satisfaite.

Par contre, ils ne font pas de labels, et j’ai envie d’en avoir un pour me démarquer. Dès mon second cycle d’élevage, je me suis orienté vers le bio, ce qui implique de s’assurer des provenances et des certifications, ce qui est très exigeant.

SIAD : Comment évoluent les prix de vos produits ?

GL : Les prix varient en fonction de la saison, ils évoluent aussi en fonction de la demande. C’est à peu près 2000 à 5000 Francs CFA par tête cuisinée. Cela sous-entend de gros enjeux pour être rentable, notamment de les conserver le plus longtemps possible pour les revendre au prix fort à la période creuse. Quand je reprendrai l’exploitation, j’aimerais pouvoir les mettre sous-vide. Ça sera plus pratique.

SIAD : A quoi ressemble votre quotidien à travers votre projet ?

GL : Les poussins nécessitent une attention constante. C’est un travail à temps plein, je me levais 2 à 3 fois par nuit pour contrôler que tout se passe bien. Les poussins sont très fragiles.  Entre novembre et décembre, il y a du vent et il faut qu’ils restent proches du chauffage. A partir de janvier, je me peux me permettre de me lever qu’une seule fois par nuit. Ma journée commence à 5 heure du matin. Accompagnée du basse-courier, on se désinfecte les pieds et les mains avant de rentrer dans le poulailler et on change les 130 buvoirs. Je mets un peu de sucre dans l’eau des poussins pour qu’ils puissent grandir. Je les fais manger. J’en pèse quelques uns au hasard tous les matins, pour vérifier qu’ils prennent bien du poids. On vérifie qu’ils ont tous mangé et bu correctement. On change leurs assiettes et on nettoie leur habitat pour que tout soit propre. L’après-midi on descend les bâches et la journée se termine à 16h. Et ainsi de suite jusqu’à la tombée de la nuit.

Le basse-courier est censé s’en occuper sur le long terme pour que je puisse me concentrer sur l’administratif et la commercialisation.

Quand je vais reprendre l’activité, je serai plus vigilante sur les personnes que j’emploie et je me spécialiserai dans la production biologique.

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