Joseph Mendy et l’agro-éducation avec « Ecoland »

Joseph Mendy

Suite à une mission effectuée au Sénégal, Joseph Mendy a eu l’idée d’y créer une ferme d’agro-éducation basée sur la production de viande et de fruits et légumes.  La ferme « Ecoland » s’est ainsi donnée comme objectif de maîtriser toute la chaîne de production, offrant ainsi à ses consommateurs une garantie de transparence et un gage de qualité. Une phase expérimentale de production de viande porcine est même mise en œuvre depuis janvier 2015.

Il s’agit surtout pour Joseph de faire évoluer les mentalités en proposant une production locale et de proximité, capable de rivaliser avec les produits importés de l’étranger souvent vus comme étant de meilleure qualité.

SIAD : Pouvez-vous décrire votre projet ?

Joseph Mendy : La ferme « EcoLand » est un projet d’agro-éducation mis en œuvre au Sénégal pour favoriser l’employabilité des jeunes en leur offrant une expérience professionnelle. Il s’agit de développer des unités de production animale et végétale qui constituent des supports de formation. La ferme a commencé son activité en 2015, par la mise en place d’une unité de production de viande porcine. Elle projette un agrandissement conséquent pour devenir à moyen terme une entreprise agroalimentaire.

Les étapes de mise en œuvre, sur sept ans, de ce projet se déroulent en trois temps :

– Une phase expérimentale (2015-2016)

– Une phase pilote (2017-2018)

– Une phase d’exploitation (2019-2021)

SIAD : Quel est votre parcours ?

J.M
 : J’ai poursuivi des études universitaires en philosophie et en Sciences de l’éducation que j’ai complétées par une formation de cadre supérieur de l’action sociale. J’ai travaillé pendant 12 ans dans la protection de l’Enfance d’abord en tant qu’éducateur puis en qualité de chef de service éducatif. Pour mener à bien le projet « EcoLand », j’ai poursuivi la formation au Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole.  Je suis devenu ainsi un agriculteur par la force des choses, je m’en réjouis. Je vis un moment extraordinaire et je souhaite que cela continue longtemps encore.

SIAD : Quelles sont les compétences / pré-requis / expériences nécessaires pour mener à bien ce projet ?

J.M : Il faut une expérience dans l’accompagnement des jeunes, des compétences en agriculture (élevage et culture) et des compétences en gestion d’entreprise.

SIAD : Qu’est-ce qui vous a amené à créer cette entreprise ?

J.M : C’est d’abord parti d’un sentiment d’échec ressenti vis-à-vis de mon métier d’éducateur, notamment au niveau de la construction du projet professionnel des jeunes. Cela s’est traduit par l’envie d’apporter une réponse concrète à la problématique d’insertion sociale des jeunes par le travail. D’un point de vue plus personnel, je souhaitais créer ma propre structure éducative qui correspond à mes valeurs. Il s’agit globalement ici de mettre l’efficacité économique au service de l’utilité sociale.

SIAD : Quelle est la taille de votre marché ?

J.M : Difficile à dire à ce stade pour tous les produits ciblés. Mais si l’on s’en tient au porc, notre produit actuel, la consommation était estimée en 2011 à un peu plus de 12 000 tonnes de viande dont 800 importées.

SIAD : Combien de clients pouvez-vous espérer ?

J.M : Nous souhaitons fidéliser 300 clients réguliers lors de la phase pilote 2017-2018.

SIAD : Quelle concurrence avez-vous ?

J.M : – les éleveurs revendeurs

– les boucheries-charcuteries

– les supermarchés

SIAD : En quoi votre projet est-il différent de ce qui existe déjà ?

J.M : Nous maîtrisons toute la chaîne de production. Nos produits sont issus d’animaux nés, élevés et transformés au sein de la ferme dans le respect des normes d’hygiène. Ce qui représente un avantage concurrentiel important. Nous offrons ainsi à nos consommateurs une garantie de traçabilité et un gage de qualité.

SIAD : Quelle est votre ambition avec ce projet ?

J.M
 : Notre ambition est d’implémenter notre activité sur 30 ha pour bâtir un véritable Pôle Agricole Éducatif, de production de viande, de fruits et légumes diversifiés.

SIAD : Quel est le poids des différents acteurs dans votre projet (banques, sous-traitants, intermédiaires …) ?

J.M : Nous sommes vraiment partis sur fonds propres pour construire un véritable outil de production. Nous avons plutôt besoin de business angels et d’investisseurs pour assurer notre développement dans de meilleures conditions.

SIAD : Comment trouvez-vous vos clients ?

J.M : Jusqu’aujourd’hui ça fonctionne bien par le bouche à oreille. Nous construisons avec nos clients une véritable relation de proximité par le biais de questionnaires de satisfaction. Ce sont leurs retours qui nous font avancer, cela leur donne également l’opportunité de participer concrètement à notre aventure.

SIAD : A quoi ressemble votre quotidien à travers ce projet ?

J.M : Il faut rappeler que la ferme est au Sénégal et que moi je suis encore en France et je m’occupe essentiellement de la conception du business model. Je travaille tout le temps. Il m’arrive même de me lever en pleine nuit pour noter des choses importantes qui me viennent à l’esprit. Je me couche tard, je me lève tôt, je dors peu. Heureusement pour moi, j’ai eu la chance d’intégrer l’incubateur Résonances Nord-Sud du SIAD qui me permet de ne pas être isolé. Je suis dans une promotion en OR, la promo Trad’Union. Mention spéciale à mes collègues qui m’ont fait faire un pas de géant. Je ne pourrai jamais remercier assez le SIAD de m’avoir donné l’opportunité de concevoir le projet « EcoLand » dans un tel écosystème de l’entrepreneuriat social.

SIAD : Quelle est la prochaine étape de votre projet ? Qu’est-ce que vous pouvez faire pour améliorer votre entreprise ?

J.M : La prochaine étape est sans doute la mise en place d’une unité de production d’agneau de boucherie et de maraîchage. Pour améliorer mon entreprise, je pense qu’il faut que je sois bien entouré pour avoir les meilleurs conseils à tous les niveaux. Je pars justement au Sénégal dans quelques jours pour faire une évaluation de la phase expérimentale t et constituer l’équipe.

SIAD : Avez-vous d’autres projets ?

J.M : Parallèlement à mon engagement constant sur le projet « EcoLand », j’ai fondé à Paris une association, avec des amis de la diaspora sénégalaise, dont le but est de créer une synergie avec les sénégalais locaux autour de projets porteurs. Il s’agit de l’ADISS, Association pour le Développement par l’Innovation Sociale au Sénégal, qui a l’ambition de développer des projets innovants au Sénégal dans plusieurs domaines. Une façon pour moi de rester en connexion permanente avec les réalités de mon pays d’origine.

facebooktwitter

Partager cet article


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*