Des nouvelles de nos entrepreneurs – Le projet de Paul Kenmegni présélectionné par La France s’engage au Sud !

Paul Kenmegni est un entrepreneur Camerounais ayant passée sa vie à mi-chemin entre la France et l’Afrique. Accompagné et formé par le SIAD depuis plusieurs années, il arrive à la dernière étape de son projet : la concrétisation de l’unité de production et de commercialisation de luffa biologique et équitable, une courge aux applications et dérivées multiples. Bonne nouvelle : son projet a été présélectionné cette année par la France s’engage au Sud, l’initiative lancée par le Président de la République pour soutenir les projets d’entrepreneuriat social prometteurs du Sud.

Initié par François Hollande, le label La France s’engage donne accès à un soutien financier, à des partenaires, à des acteurs publics, à un accompagnement pour recruter, élargir leur réseau et gagner en visibilité. Depuis 2014, ce sont 62 lauréats qui ont bénéficié de plus de 25 millions d’euros parmi plus de 1800 candidats. Au total, 50 millions d’euros seront mobilisés jusqu’en 2017. Le label est décerné deux fois par an à 15 lauréats, sélectionnés dans 5 catégories par des parrains, le Président de la République et le vote des internautes. Quatre critères de sélection sont fixés lors de l’appel à projets : leur utilité sociale, leur caractère innovant, leur potentiel de duplication ou de changement d’échelle et l’évaluation rigoureuse de leurs résultats.

Pour la petite histoire, le Luffa (ou loofah) serait à l’origine un berger nommé Lufos, qu’Aphrodite (déesse de l’Amour et de la Beauté) aurait transformé en courge parce qu’il l’avait surprise nue au bain…

« Le but de cette entreprise est de sortir la paysannerie africaine de la misère. L’activité première en Afrique est celle de l’agriculture. Le seul savoir-faire que nous ayons est celui de l’agriculture biologique. Utilisons cela comme levier de développement. Plus grand peut être faisable. (…) L’audace est créatrice du futur. Cette éponge peut révolutionner l’Afrique, elle est souple, légère, résistante et peut assurer un revenu décent à ceux qui la cultive. Elle peut lancer un développement de la base. (…) La région Poitou-Charentes entend, d’ailleurs, en faire des matériaux composites. (…) C’est un projet de vie. Si le projet réussit, j’existe, s’il échoue, je n’existe pas. » Paul Kenmegni.

Le SIAD : Pouvez-vous nous expliquer votre parcours ?
Paul Kenmegni :
Pendant 15 ans, j’ai travaillé dans la police au Cameroun. En 2000, je suis parti en France. J’ai rejoint le Mouvement Emmaüs en 2002 en tant que compagnon. Je suis parti en mission humanitaire au Bénin. L’objectif de cette mission était de permettre à la population paysanne de développer une activité économique permettant d’être libre, indépendant et capable d’être autonome. C’est à cette occasion que j’ai découvert la culture biologique et la culture du Luffa.
Quelque temps après, j’ai créé une ONG, toujours au Bénin, j’œuvrais principalement au développement de l’artisanat local. Ecodis, une plateforme française de distribution de produit bio, nous a contacté en 2010 pour nous proposer un partenariat. J’ai donc décidé d’approfondir mes connaissances et mon savoir-faire agricoles. J’ai suivi une formation en agriculture biologique avec l’association Pleine de Vie, dans le Val d’Oise, et j’ai découvert les chantiers d’insertion. J’ai ensuite suivi une formation d’encadrant technique et d’entretien des espaces verts en zones humides avec Espérer 95, dans le Val-de-Marne. En 2014, je suis retourné au Cameroun pour développer l’agriculture biologique et la culture du Luffa.

SIAD : Pouvez-vous nous décrire votre projet ?
P. K : C’est un projet de permaculture autour du Luffa visant à fabriquer et commercialiser un de ses produits dérivé, le gant de toilette biologique, pour le marché français et africain. C’est également un projet de promotion de la culture bio familiale et la culture rentière de masse du Luffa.

Après la récolte, le Luffa est transformé en feuille sur place puis, séparé en deux groupes.

Le 1er groupe est envoyé à une coopérative agricole locale que j’ai créée, Le Boursicaud, pour être transformé en gant de toilette pour le marché intérieur camerounais. Le 2ème groupe est envoyé en France dans une coopérative agricole, appelée MCII France, pour être transformé en gant de toilette pour le marché français. J’ai créé cette coopérative avec le soutien financier du Conseil Général du Val-de-Marne et de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie). Je les remercie chaleureusement.

SIAD : Qu’est-ce qui vous a amené à créer cette entreprise ?
P. K :
Beaucoup d’expériences associatives. J’ai constaté un manque dans les associations. Je voulais créer une structure qui allie le dynamisme d’une entreprise et l’aspect social qui peut être avancé dans les ONG. Je me suis alors tourné vers le modèle de la coopérative agricole. Le but est de faire gagner de l’argent aux populations en les rendant responsables, autonomes et non bénévoles.

SIAD : Quelle est la taille de votre marché ? Y a-t-il une pénurie ou un excès d’offre ?
P. K :
Le Luffa peut servir à la production d’une douzaine de choses, mais je me focalise premièrement sur la production de gant de toilette naturel. Le marché français du gant de toilette représente 24 milliards d’euros. Le marché du Luffa en France n’est satisfait qu’à 2%, il suffit de le faire pousser pour le vendre. Le sol tropical est le seul à pouvoir produire un Luffa de qualité. Il y a une totale pénurie d’offre, surtout concernant le Luffa biologique sans additifs et équitable. Avec cette qualité, l’objectif est d’attaquer le marché haut de gamme.

SIAD : Quelle concurrence avez-vous ?
P. K :
Les principaux concurrents sont égyptiens et chinois. La culture du Luffa est ancestrale en Egypte, mais en Chine, le sol et le climat ne s’y prête pas. Le luffa est de mauvaise qualité.

SIAD : Quels sont les problèmes auxquels vous faites face ?
P. K :
Ils se sont de deux ordres. Les 1er, liés à la production sont les mouches et les attaques fongiques (champignons). Le Luffa pousse naturellement dans de nombreux pays et est une nourriture prisée par les mouches qui peuvent détruire jusqu’à 80% des récoltes. Les autres problèmes sont externes. Au Cameroun, les organismes de finances ou micro-fiance peuvent afficher des taux d’intérêt très handicapants pour développer une entreprise. Le financement doit appuyer une modèle économique viable, sauf que ce n’est pas le cas. Il y a également un problème de savoir-faire technique qui se ressent, notamment, dans l’utilisation des engrais et des herbicides. De nombreux conseils agricoles détournent l’argent et ne donnent jamais l’exemple, ils ne font jamais la démonstration de leur utilité. Et les gouvernants se fichent complètement des questions agricoles.

SIAD : Votre projet peut-il faire l’objet d’une protection juridique ?
P. K :
Les brevets coûtent cher, mais certains de mes produits doivent être brevetés. Mais mon objectif est de diffuser, gratuitement, au plus grand nombre mes méthodes de production. Ce savoir-faire doit appartenir à tous.

SIAD : Qu’est-ce que vous pouvez faire pour améliorer votre entreprise ?
P. K :
Il y a un manque de financement pour lancer la production. Et il y a un manque de ressources humaines. Je fais un appel à tous les membres de la diaspora africaine pour m’accompagner dans ce projet.

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