« Les filières porteuses au Mali » // Bassi Kanté, Ingénieur agricole et Coordinateur AOPP dans la région de Kayes nous présente sa réflexion en amont du Forum sur l’Agriculture et la Sécurité Alimentaire au Mali

aopp-kayes-bassi-kante

Le 29 octobre 2016, se déroulera à l’hôtel de ville de Montreuil la 4ème édition du Forum sur l’Agriculture et la Sécurité Alimentaire au Mali co-organisé par l’INAGRIM et le SIAD. Bassi Kanté, ingénieur agricole et coordinateur régional de l’Association des Organisations Professionnelles Paysannes (AOPP) de Kayes, nous fait partager son retour d’expérience sur l’agriculture au Mali.

Au niveau national, l’AOPP est née en 1995 du choix d’organisations paysannes de se regrouper pour défendre l’intérêt des petits agriculteurs qui font face à des risques climatiques et économiques importants. L’objectif général de l’AOPP est d’améliorer les conditions de vie des producteurs et l’autosuffisance alimentaire dans le cadre d’une agriculture paysanne et familiale. L’AOPP compte plus de 200 organisations paysannes (OP) adhérentes : syndicats, coopératives, banques de céréales, organisations paysannes de développement intégré, réparties sur les huit régions administratives du Mali.

SIAD : A Kayes quelles sont les priorités d’action de l’AOPP et les chantiers en cours ?

Bassi Kanté : L’AOPP régionale de Kayes, créée en 2002, compte 48 associations et groupements sur l’ensemble de la région de Kayes en majorité les groupements féminins.
Dans le cadre de la sécurité alimentaire, de 2010 à aujourd’hui, nous avons installé 6 banques de céréales pour faciliter l’accès à des solutions de stockage collectif et éviter la flambée des prix mais surtout éviter les ventes précoces des produits dès la récolte. Ces banques sont toujours fonctionnelles.

Par ailleurs, notre organisation équipe les paysans, leurs organisations et les localités rurales :

– Des matériels de traction animal, des charrues, des charrettes, des bœufs de labour, des ânes, des semences ont été donnés chaque année aux producteurs pour intensifier leur production ;

– 14 puits à grand diamètre ont été réalisés pour faciliter l’accès à l’eau potable dans certaines localités ;

– 22 périmètres maraichers ont été aménagés et équipés puis donnés en gestion aux groupements de femmes maraichères ;

– 60 hectares ont été reboisés par nos membres en baobabs, acacias, neems, jujubiers dans le cadre de la lutte contre la désertification et l’adaptation aux changements climatiques.

Elle les forme et les sensibilise aux enjeux actuels de l’agriculture au Mali :

– Des formations en techniques de production, de conservation, de transformation et même de commercialisation sont dispensées pour renforcer d’avantage les capacités de production de nos membres  ;

– Des formations à l’entreprenariat (exploitation familiale ou entreprise familiale) sont dispensées aux leaders paysans ;

– Des débats communautaires sont organisés périodiquement sur le foncier, les semences paysannes, les conflits, la migration etc.

– Des visites d’échange sur les activités de production et de collaboration sont organisées à l’intérieur du Mali, et dans les pays voisins comme le Sénégal et la Mauritanie.

Elle réfléchit la modernisation de l’agriculture,

Nous travaillons par exemple à l’amélioration du système d’élevage, la semi stabulation dans nos exploitations, pour faciliter l’accès au lait au moins pendant les 8 mois de l’année.

La liste est très longue. Nous faisons tout ça avec l’appui de nos partenaires techniques et financiers, en grande partie avec une ONG espagnole ACPP, l’Etat Malien les collectivités et d’autres partenaires locaux.

SIAD : Le FASAM cette année aborde la question des filières porteuses au Mali, quelle est votre regard et celui de votre organisation sur la thématique : pour le Mali ? pour la région de Kayes ?

B.K : Au Mali chaque région a sa spécificité. Au niveau de Kayes nous avons retenu trois filières, à savoir : bétail-viande, arachide et baobab. Je pense que si on parvient à accompagner sérieusement les jeunes dans ces filières, on pourra avoir de bons résultats dans la région.

SIAD : Le FASAM c’est le grand rendez-vous annuel de la diaspora malienne avec l’agriculture. La majorité de cette diaspora est issue du secteur agricole, et depuis 50 ans elle continue d’investir pour le développement agricole de la région. Comment abordez-vous la relation avec les migrants et leurs associations ?

B.K : Concernant l’AOPP de Kayes, tous les responsables sont des migrants de retour de la France, donc ils ont accepté venir s’investir dans la terre.
Avant 2004, on ne trouvait pas de bananeraies à Kouroucoula, ni à Diataya, mais aujourd’hui, principalement sous l’impulsion de migrants qui ont investis dans la filière, le marché de Kayes est inondé par leur production, comme un peu partout dans la région.
Nous sommes sollicités par des migrants qui souhaitent faire de l’aviculture et de l’arboriculture. Nous les conseillons et les accompagnons dans leur installation. Nous avons de nombreux exemples de réussites à Gori Gopela, Techibe et Souena dans le Guidimaxa.

SIAD : De nombreux jeunes de cette diaspora, migrants ou enfants de migrants, envisagent aujourd’hui de s’investir de manière rentable au Mali. Quels conseils pourriez-vous leur donner ?

B.K : Il faut les rassurer. Kayes est une grande chance pour les personnes qui souhaitent évoluer dans l’agriculture. Le préalable est de trouver la solution à la question de l’eau, avec un forage le problème est résolu a 60%. Une fois l’eau disponible on pourra produire comme on le veut. Ils ne doivent pas hésiter, tout est possible, ici, à Kayes.

SIAD : Le FASAM est cette année encore sous le haut patronage du Ministère de l’Agriculture du Mali. Avez-vous quelques recommandations à faire au Ministère pour qu’évolue positivement la question des filières porteuses au Mali ?

B.K : L’Etat est en train d’organiser les producteurs en filières par une recommandation de la Loi d’orientation agricole. Je pense que l’agriculture est la voie la plus sure pour développer notre pays et l’Etat en est conscient. Tous les acteurs jouent pleinement leur rôle pour que cela soit une réalité.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *