ONG Dans mes bras et la Coopérative agricole Mantahalé, agroécologie et autonomisation des femmes en Côte d’Ivoire

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Depuis 2015, le SIAD, la COFIDES Nord-Sud et le bureau d’études ivoirien FORSCOT appuient le projet de l’association ONG Dans mes Bras de renforcement des initiatives féminines sur les filières agricoles vivrières en Côte d’Ivoire. En cette fin d’année 2016, deuxième année du projet, nous partageons avec vous notre bilan provisoire.

ONG Dans mes bras est une structure qui rassemble des productrices de denrées vivrières de la région d’Oumé, dans le centre du pays, avec des commerçantes des quartiers d’Abobo et de Yopougon à Abidjan. Le but de cette association est de permettre à des femmes, la plupart dans des situations de précarité, de pouvoir vivre de leurs métiers et de gagner en autonomie.

Avant l’arrivée d’ONG Dans mes bras, les femmes productrices de Guépahouo cultivaient individuellement de petites parcelles aux rendements incertains. Elles étaient fortement dépendantes de leurs maris et du bon vouloir de ces derniers quant aux espaces qu’elles avaient le droit de mettre en valeur. ONG Dans mes bras a réussi un triple pari. Elle a réussi à convaincre 60 de ces femmes de venir travailler ensemble en mutualisant leurs moyens. Elle a réussi à convaincre leurs maris de les laisser cultiver en commun et surtout, cette association a su convaincre les autorités traditionnelles et municipales de leur octroyer une parcelle agricole pour lancer le projet.

Au delà de la production alimentaire, c’est une démonstration par l’exemple de ce dont les femmes sont capables qui est en jeu.

Après avoir suivi plusieurs séances de formation sur l’agroécologie en 2015, les 60 productrices ont lancé leur première production sur le champ collectif mis à disposition.

Les premiers résultats

La première année, la pluviométrie capricieuse n’avait pas récompensée les efforts des femmes. Celles-ci n’avaient finalement vendu que 2,2 tonnes de riz. Mais elles n’étaient pas prêtes à abandonner. Ce projet avait créé un lien entre elles qu’elles souhaitaient défendre.

Au sortir de la deuxième année, les productrices ont retrouvé le sourire puisqu’elles ont pu stocker 12, 5 tonnes de riz. Elles sont devenues le plus grand grenier de production de la variété ADRAO dans la zone d’Oumé. Ces résultats font la fierté des « femmes d’ONG Dans mes bras ».  Cette situation les met à l’abri d’achat de semence pour les années à venir.

Naissance d’une coopérative féminine de renom

En cette année 2016, et après une formation à la gestion coopérative, les productrices ont officialisé leur souhait de mutualiser leur travail. Elles ont créé leur mutuelle et l’ont baptisé « Mantahalé », ce qui signifie « l’agricultrice » en Gouro, la langue locale.

A écouter le coordinateur de l’ONG, la notoriété de la mutuelle grandit de mois en mois. Beaucoup de personnes saluent l’organisation que sont en train de créer ces femmes. Il salue un projet qui, selon lui, touche indirectement presque la totalité de la population de la commune de Guépahouo où est installée la majorité de ces femmes, car il sert d’exemple notable à l’agroécologie et à l’autonomisation des femmes.

Encore un an de projet

Pour la dernière année du projet, l’ONG Dans Mes Bras est persuadée que les leçons du passé permettront d’aller plus loin. Les productrices de « Mantahalé » ne font qu’accroître leur production et améliorer leurs résultats. Elles sont convaincues que c’est en conservant la même éthique de travail qui leur apporte respect et considération qu’elles amélioreront leur condition économique et qu’elles viendront à bout des préjugés.


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« Je me nomme Gnasou Djoman Christine. J’ai 48 ans, je suis mariée et mère de sept enfants. Je me réjouis aujourd’hui de ce projet. Parce que j’ai toujours aimé faire les choses en association. Avec le projet, je réalise cet objectif. Il faut dire qu’avant l’avènement du projet, j’étais la présidente des femmes de Guépahouo. Mais c’était dans l’informel alors qu’aujourd’hui notre association de productrices de vivriers qui vient de voir le jour est légale et nous donne la possibilité de poser nos revendications, d’exprimer nos besoins devant les autorités administratives et politiques. En ce moment même, nous attendons la signature du contrat de partenariat pour la vente de nos produits avec les commerçantes d’Abidjan. Sur la question de la gestion du milieu, j’avoue que cela rend notre travail un peu plus lent et difficile. Mais je dois reconnaître que les mesures imposées par le formateur, nous ont permis de produire du riz de très bonne qualité. »

photo-3-ondb« Mon nom est Gnankan Marcelline, j’ai 51 ans et sept enfants. Grace au projet, je suis aujourd’hui une femme épanouie.  Notre travail ne se fait plus au mépris de l’environnement. Nous avons appris avec ce projet comment créer de l’engrais avec les résidus du riz. Au départ chacune d’entre nous voulait avoir son propre champ, mais aujourd’hui, avec la mutuelle qui est créée, nombreuses sont celles qui trouvent en cela l’occasion de se refaire un moral après la guerre. Nous travaillons toutes ensemble et savons que nous avons un objectif commun à atteindre.  C’est-à-dire nous rendre indépendantes de nos maris. Pour y arriver nous allons nous convaincre de constituer un fonds pour pouvoir évoluer plus tard en coopérative.  Même si la contractualisation tarde à se mettre en place, je suis convaincue que c’est le point essentiel dans la réalisation de ce projet. Nous savons déjà qui sont nos partenaires et que nous ne pouvons plus vendre nos produits à l’emporte-pièce parce que nous avons désormais des interlocutrices. En termes de gestion du milieu, je suis heureuse de constater que si nous usons moins le sol en évitant le brulis, l’usage d’herbicide et autres intrants chimiques, nous avons toujours de la bonne terre. Cette année nous n’avons pas attendu les formateurs pour commencer nos travaux parce que nous avons retenu les leçons de la première année du projet. Pour me résumer, je dirais que nous avons vaincu le travail individuel par le travail collectif. »

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