Lionel Aba-Gangoué veut moderniser le soutien scolaire à domicile en Afrique

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En 2016, Lionel Aba-Gangoué avait intégré Résonances Nord-Sud avec son projet Vijana School. Depuis septembre 2017, il compte ses premiers clients à Brazzaville. Et cet entrepreneur social ne compte pas s’arrêter là.

Quel est ton parcours ? Quelles études as-tu fait ? En France, en Afrique ?

En France mon parcours débute à Rouen, ville dans laquelle je suis né et fait une grande partie de ma scolarité. J’y ai notamment fait un BTS Négociation et Relation Clients en alternance au sein de Würth France. Ma première belle expérience dans une entreprise qui met les moyens pour développer les compétences de ses alternants et salariés.

C’est à Brazzaville, au Congo, entre l’âge de 3 et 8 ans que j’ai fait mes premiers pas à l’école maternelle puis primaire jusqu’au CE2, avant de revenir en France à l’été 1995.

Niveau professionnel, j’ai évolué dans les domaines de la téléphonie et le e-commerce ces 7-8 dernières années à Paris. J’ai été Business Developer pendant 4 ans en Marketplace avant de me lancer dans mon projet en Juin 2016.

En quoi ton parcours t’aide aujourd’hui pour ce projet ?

Avec un peu de recul, c’est l’alternance et mes formateurs de l’époque qui m’ont mis le pied à l’étrier. Rester 10h sur un banc n’était clairement plus fait pour moi et j’ai eu la chance de bosser avec des professionnels qui ont su me challenger, m’accompagner dans le développement de mes compétences commerciales et en matière de communication. Travailler au sein de la Marketplace de Pixmania.com et en téléphonie pour Lebara Mobile notamment, a inspiré mon projet sur quelques aspects.

Quel est ton quotidien en tant qu’entrepreneur ?

Au quotidien, je me gratte beaucoup la tête à défaut de m’arracher les cheveux. La vie d’entrepreneur est excitante et fatigante à la fois. On est toujours à la recherche de l’action qui va nous faire gagner du temps et de l’argent pour nous permettre d’aller toujours plus loin. Mon quotidien d’entrepreneur est partagé entre Paris et Brazzaville, lieu de développement de la phase expérimentale. Je rentre de plusieurs mois sur le terrain et je travaille tous les jours avec mon équipe pour développer Vijana School au Congo.

Peux-tu décrire ton projet en quelques mots ?

En quelques mots et simplement, Vijana School est un service de soutien scolaire à domicile disponible via une application mobile, qui permet aux parents, de réserver des cours et ainsi avoir accès à une sélection de professeurs et étudiants certifiés de l’enseignement supérieur près de chez eux. Ce projet permet, d’accompagner les élèves tout au long de leur scolarité afin d’améliorer leur niveau et atteindre leurs objectifs de réussite en fin d’année scolaire.

Comment sont sélectionnés les répétiteurs ?

Les répétiteurs sont recrutés au cours d’un parcours mêlant épreuves écrites, orales pour les linguistes et entretiens individuels. Le niveau d’étude minimum requis est la Licence.

fullsizeoutput_bebQu’est ce qui t’as amené à te lancer dans ce projet ? Quel a été le déclic ?

En 2015, j’étais arrivé au bout de mon aventure avec Pixmania et je sentais qu’il me fallait autre chose. Je suis alors parti au Congo retrouver ma famille pour les fêtes de fin d’année. J’y ai rencontré une brillante étudiante qui n’avait pas les moyens de payer ses études régulièrement ou simplement le bus pour aller en cours. Elle avait un très bon niveau mais elle était bloquée à cause du manque de soutien financier comme pas mal d’étudiants malheureusement.

Je me suis donc intéressé à la question de la scolarité au Congo et à travers le continent. Cette rencontre a été un premier marqueur dans la mise en place du projet.

Quelle est la taille du marché pour Vijana School ?

Au Congo le marché représente environ 500 000 foyers pour nous.

Niveau continental, ça représente 350 millions de foyers.

Quelle concurrence as-tu ? En quoi ton projet est différent de ce qui existe déjà ?

A travers le continent des startup naissent dans le domaine de l’éducation et ont de belles perspectives. Il existe aussi bien des concurrents au Congo comme Vita Academie et des concurrents directs très bien structurés comme Tuteria au Nigeria. C’est un concurrent fort et expérimenté qui a remporté un prix Digital Africa récemment. Vijana School se démarque sur plusieurs points, notamment en proposant une application mobile qui permet un meilleur de suivi de la progression des enfants afin d’impliquer les parents instantanément, tout en créant de l’emploi chez les jeunes. On est focus sur les matières académiques et avons l’ambition d’en devenir une référence sur le continent.

Combien d’utilisateurs as-tu ?

L’application est encore en phase beta et nous comptons 4 clients utilisateurs au bénéfice de 9 élèves pour l’instant uniquement à Brazzaville. On compte également 10 professeurs dans le réseau.

Comment trouves-tu tes utilisateurs ?

Pour cette phase expérimentale, je m’appuie beaucoup sur mon premier réseau. Mes premiers clients sont des membres ma famille, ainsi que les amis de mes amis qui ont un réel besoin de progresser et nous leur apportons des répétiteurs compétents, qualifiés.

J’ai enregistré une vingtaine de demande le mois dernier venant de parents qui ont vu notre site et souhaite de l’accompagnement pour leurs enfants. C’est prometteur.

En quoi ce que tu offres est en phase avec les attentes du marché ?

Par expérience, je sais que les familles congolaises ont généralement un répétiteur à domicile de façon informelle. Mais j’ai aussi mené une étude de marché entre février et avril 2017 à Brazzaville afin de préciser cela.

A partir de là, j’ai réuni près d’une centaine d’étudiants pour leur présenter Vijana School et la méthode de l’étude de marché à réaliser. J’ai sélectionné une trentaine d’étudiants qui sont partis à la rencontre de parents qui pourraient être intéressés par le service que nous proposons. Au final, 2000 personnes ont répondu à notre enquête et nous ont donné des éléments pour construire l’offre qui va correspondre à leurs attentes.

Avec qui travailles-tu sur ce projet ?

J’ai démarré seul mais aujourd’hui je suis entouré d’une belle équipe. Souleika est notre designer, Mino s’occupe du développement de l’application, Edith est responsable Marketing/Communication et Christelle est Business Analyst.

A Brazzaville, je travaille avec Michelle, qui est ma sœur et étudiante au profil financier et administratif.

Enfin, je travaille avec un professeur référent pour les questions liées à la pédagogie.

Comment as-tu monté ton équipe ?

C’est une succession de belles rencontres ! J’ai rencontré Edith lorsque j’étais étudiant. Souleika et Mino m’ont rejoint après le Startup Week End Africa que nous avons remporté en septembre 2016. J’ai rencontré Christelle lors de mon premier pitch au startup weekend organisé par Initiative for Africa a en 2016 et elle avait clairement proposé ses services pour bosser sur le projet. Il me fallait construire ce projet avec des personnes aux profils complémentaires et avec un objectif commun. Je pense que c’est plutôt réussi.

Comment est financé Vijana School ? Avant le lancement, dans sa phase beta … ?

J’ai financé et finance encore Vijana School avec mes fonds propres et nous arrivons au bout de la route. Je me suis appuyé sur Pôle Emploi pendant ces 13 derniers mois ainsi que le love money venant de mon père, mais toutes les bonnes choses ont une fin.

Au niveau des prix pour les élèves et les familles, comment se situe Vijana School ?

Le prix horaire pour les familles oscille entre 2 500 à 7 000 Francs CFA selon la classe de l’élève. Le volume horaire permet d’adapter l’offre au besoin et au budget du client. Nous espérons rendre le marché plus lisible, notamment face aux pratiques de facturation qui verrait le montant varier selon le niveau social.

Quelle part revient aux répétiteurs ?

La majeure partie des revenus revient à nos professeurs. 60% du prix leur est reversé. On veut permettre aux étudiants d’avoir une alternative de revenus stable, face aux bourses universitaires versées chaque trimestre et avec souvent beaucoup de retard.

Quels ont été les moments forts de cette année ?

Les premiers moments forts ont été la fin de l’accompagnement avec Résonances Nord-Sud puis la première présentation du projet à Brazzaville au sein de l’Institut Français après seulement 9 mois. Exceptionnel à mes yeux. Mais le plus important a été le lancement de la phase expérimentale de Vijana School en septembre. Ça veut dire les premiers clients, les premiers professeurs et les premiers challenges terrains.

Quelle est ton ambition pour ce projet ?

Je souhaite d’abord asseoir rapidement le développement du projet au Congo. Il faut faire parler du projet, de son entrée sur le marché. L’ambition pour 2018 est de s’ouvrir dans 10 pays en Afrique. Si on en fait 5 je serai déçu mais on aura quand même bien travaillé.

Qu’est-ce que tu peux faire pour améliorer ton projet ?

On peut toujours s’améliorer, il reste du travail pour développer l’application par exemple et ce n’est jamais fini. On ne reste jamais bloqué, il y a toujours des solutions à nos problèmes.

Qu’est-ce que t’a apporté Résonances Nord-Sud ? Qu’est ce qui s’est passé depuis ?

Résonances m’a apporté beaucoup, c’était la meilleure solution pour moi. Les intervenants étaient compétents dans tous les domaines. Mon accompagnatrice, Diana KAMAN, a tout à fait compris ce que je voulais faire et elle a cerné mon profil. Je remercie vraiment Diana ainsi que la team RNS.

J’ai gardé de supers relations avec les autres membres de la promotion. On a même monté quelques surprises pour 2018.

As-tu d’autres projets ?

Non je n’ai pas de projets supplémentaires pour le moment. J’ai un carnet plein de projet mais je m’atèle à lancer Vijana School comme il faut avant de passer à la suite. Pour l’instant c’est mon quotidien et je ne compte pas mes heures.

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