La coopération décentralisée entre Montreuil et Yélimané par Liman Zabbaou

Depuis plus de 30 ans maintenant, la ville de Montreuil et le Cercle[1] de Yélimané situé au Mali, entretiennent des relations privilégiées à travers une action de « Coopération décentralisée ».

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Actuellement, cette coopération se développe selon 4 axes.

Le premier axe d’intervention est celui de la promotion féminine. Le programme de coopération a permis la construction de la  « Maison des femmes » à Yélimané. Cette dernière a tissé des liens avec plusieurs associations basées à Montreuil comme la « Maison des femmes » ou encore « l’Associations des femmes maliennes de Montreuil ».

Le second axe d’intervention est celui de la promotion des conditions d’un développement économique et agricole durable. Sur ce point, le SIAD accompagne depuis 2012 les acteurs de la coopération Montreuil-Yélimané en particulier l’association de migrants ADCYF et le Syndicat Inter Collectivités Méraguémou, dans la mise en œuvre d’un dispositif d’appui à la création d’entreprise dans le cercle de Yélimané. La coopération soutient aussi un programme de la lutte contre la désertification à travers des projet de restauration des sols et de reboisement dans 6 communes du Cercle de Yélimané.

Un troisième volet de cette entente concerne l’appui institutionnel. Les techniciens du Syndicat Inter Collectivités Méraguémou mettent en place des actions de et formation et de renforcement des capacités des techniciens et élus des communes, principalement sur le thème de la maîtrise d’ouvrage.

Finalement la Copdec vise à participer à la mise en réseau des acteurs, à appuyer les initiatives des migrants et à favoriser le développement d’activités d’échanges entre les territoires

Afin d’en savoir plus sur l’actualité de la coopération décentralisée nous avons posé 3 questions à Liman Zabbaou chargée de la coopération pour la ville de Montreuil.

SIAD : Pourriez-vous nous présenter vos actions au sein de la coopération décentralisée ?

Liman Zabbaou : Il s’agit pour nous d’animer et de gérer cette coopération qui aura 35 ans en 2020. Plus précisément, cela signifie coordonner, à distance, la mise en place des actions et des activités arrêtées de manière concertée par les deux partenaires que sont la Ville de Montreuil et le Syndicat Inter-collectivités Méraguémou (qui regroupe et agit au nom du Cercle et des 12 communes qui le composent).

Cette coopération a toujours été animée par la volonté de contribuer au développement du cercle de Yélimané, un cercle qui est confronté à divers enjeux : climatiques, et donc agricoles, et donc économiques. Ce développement ne peut être assuré qu’en partenariat avec les ressortissants du cercle et avec tous ceux qui souhaitent s’y engager comme le SIAD. Il s’agit en réalité de contribuer au codéveloppement en allant rechercher les actions, les partenaires et les cofinancements qui permettront d’y aboutir.

C’est animé par cette volonté, que dans le cadre des derniers plans d’actions et programmes de coopération entre la Ville de Montreuil et Yélimané, a été introduite la thématique du développement économique qui a conduit à la mise en place du Dispositif binational d’appui à la création d’entreprises.

SIAD : Quelles sont les avancées majeures de la coopération pour le cercle de Yélimané depuis 1985 ?

L.Z. : Aujourd’hui, en comparaison à d’autres cercles , le cercle de Yélimané est en avance sur plusieurs sujets comme celui de la gouvernance et de l’appui à la décentralisation (favoriser l’autonomie locale et financière des collectivités).  Cette avancée a été possible grâce à la mise en place du Syndicat Inter-collectivités Méraguémou (SICM) qui regroupe toutes les collectivités du cercle, une mise en place appuyée par la Ville de Montreuil et le Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères (MEAE).

Sur le plan du développement en général, beaucoup reste encore à faire, mais le cercle de Yélimané est également un exemple en nombre d’infrastructures scolaires, de santé, d’adduction d’eau potable etc. C’est un cercle dans lequel il y a eu beaucoup d’investissements du fait notamment, du rôle majeur qu’ont pu jouer les ressortissants regroupés au sein de l’Association pour le Développement du Cercle de Yelimané en France (ADCYF). L’ADCYF a toujours joué un rôle important que ce soit dans le cadre du jumelage-coopération initial, du Programme d’Appui au Développement Durable de Yélimané (PADDY) ou des divers programmes de coopération décentralisée menées en partenariat avec la Ville.

S’agissant du Dispositif binational d’appui à la création d’entreprise, celui-ci est également un marqueur de l’avancée du cercle sur ces questions de développement économique. Cette opportunité, cette possibilité donnée de créer une activité génératrice de revenus sur son territoire (d’origine) par ceux restés à Yélimané ou par les ressortissants aujourd’hui résidents en France, est innovante dans un contexte où de plus en plus de personnes tentent la route de la migration.

SIAD : Au vu du climat politique en France (baisse des subventions pour les collectivités, montée de la droite…) comment de tels projets sont-ils encore en place et pourquoi des collectivités font le choix de la coopération décentralisée?

L.Z. : Il est vrai que, ceci pour diverses raisons, les collectivités font face à des choix budgétaires qui contraignent certaines à repenser leur action à l’international. La coopération décentralisée est une politique publique locale comme une autre. Elle est avant tout l’expression d’un choix et d’une volonté politique conduite par l’Adjointe au Maire en charge de la Coopération, des solidarités internationales, de l’Europe et des populations migrantes, Mme Halima MENHOUDJ.

De ce fait, la Ville de Montreuil s’est donnée, à travers son service Échanges Internationaux et Coopération Décentralisée (EICD), les moyens de poursuivre et de mettre en place des projets de coopération qui intéressent les habitants de Montreuil. Ce sont des projets dans le cadre desquels elle peut impliquer les associations locales comme l’ADCYF, le SIAD, le CASIM etc, et rechercher les partenaires techniques et financiers aux niveaux national et/ou international en fonction des thématiques abordées dans les divers projets. C’est cette approche pluri-acteurs et de mutualisation qui permet aujourd’hui aux collectivités telles que la Ville de Montreuil, de poursuivre leurs efforts à l’international.

Les habitants, pour beaucoup bénévoles associatifs, sont des acteurs majeurs dans la mise en place des actions de Solidarité. Certains sont très au fait de cette coopération Montreuil-Yélimané, d’autres le sont moins. L’enjeu pour la Ville est aussi de mieux informer et de sensibiliser sur ses actions à l’international, et sur leurs impacts à court, moyen et surtout long terme.

[1] L’équivalent d’un département en France

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