Paul Kenmegni, entrepreneur du mois.

Paul Kenmegni crée des ponts entre l’Afrique et la France grâce au Luffa.

Ce mois-ci, nous vous invitons à découvrir le projet et le parcours de Paul Kenmegni.

Originaire du Cameroun, il y travaille durant 15 ans dans la police avant de s’installer en France en 2000. Il rentre rapidement dans le mouvement Emmaüs Liberté avec lequel il part s’installer au Bénin où il créé l’ONG « Le Boursicaut », un projet initialement tourné vers les artisans locaux avec lesquels il développe déjà des liens commerciaux entre l’Afrique et la France.

« C’est ma première expérience en tant qu’entrepreneur. On a créé au Bénin une véritable économie! On a ouvert un magasin de commerce équitable favorisant l’insertion professionnelle des béninois et quand la boutique a fermé, on a donc créé Dunia, un commerce basé à Ivry sur Seine (94)  et alimenté à 80% par nos produits».

Paul Kenmegni ne s’arrête pas là, convaincu que les difficultés à trouver de l’emploi au Bénin sont encore plus fortes dans les campagnes, il a l’idée géniale de mobiliser les travailleurs autour de la culture biologique du Luffa : « Leur savoir-faire c’était la terre, il fallait rentrer dans l’agriculture ! Ecodis (une centrale de distribution de produits bio basée à Vanne) commercialisait à l’époque le luffa chinois, de mauvaise qualité car le sol n’y est pas approprié. Il existait donc une forte demande de ce produit. Ecodis nous a demandé de cultiver le luffa et ainsi de devenir leur fournisseur. »

 

 

De retour en France (où il s’investira en parallèle dans une première start-up fabricant des cartes de vœux parlantes), Paul Kenmegni veut approfondir ses connaissances dans l’agriculture biologique et entre en 2010 chez ‘Plaine de Vie’, coopérative agricole fournissant plus de 300 adhérents en fruits et légumes bio dans laquelle il encadre des salariés en insertion.

 

« J’ai voulu comprendre l’agriculture biologique et j’ai lu Claude Bourguignon, ingénieur agronome ayant longtemps travaillé sur les engrais chimiques. Il prend d’ailleurs en référence le Cameroun dont je suis originaire ! Parce que l’agriculture bio, c’est le meilleur savoir-faire qu’on a. C’est ce que nos parents faisaient au village parce qu’ils n’avaient pas de produits chimiques. La permaculture, nous on appelle  ça les plantations. On associe toutes les cultures car on avait besoin de tous les aliments et c’est cette complémentarité qui fait que le sol reste toujours vivant. Finalement, ils n’ont rien inventé, même pas un iota. On a juste simplifié ce qu’on avait compliqué ! »

 

Quand il se lance dans son projet, Paul Kenmegni veut garder ces deux aspects : l’agriculture biologique et l’insertion par le travail. Mais aussi les deux dimensions qui ont jalonné son parcours : l’Afrique et la France, en jouant sur leurs complémentarités : « Vu l’environnement africain qui prête à l’agriculture biologique, vu le sol et vu le climat : je me suis dit qu’on allait produire biologiquement et apporter au cœur de cette plantation le luffa comme culture de rente. Avant, c’était le café mais il est aujourd’hui en péril à cause de la concurrence avec l’Amérique Latine et la surexploitation du sol par les produits chimiques. Le luffa n’est qu’une culture parmi les autres mais elle est de contre saison, donc elle permet de garder les travailleurs actifs en période sèche ».

 

La particularité du luffa, c’est surtout les multiples opportunités de transformation qu’elle offre et les incroyables débouchées existant sur le marché européen, mais aussi en Afrique : « Le luffa peut être transformé en éponges, en gants de toilettes et produits d’hygiène, en produits d’entretien, en matériaux composites (pour les sacs d’emballage, les valises, les portables…) C’est une matière résistante et légère, ce que tout le monde cherche aujourd’hui. Je travaille sur mon projet depuis 2010 et j’ai le souci que ça aboutisse ici,  c’est pour ça que je m’investis autant ! Dans la conception de nos produits en France, il faut un travail qui demande beaucoup de main d’œuvre et pas trop de qualification. Parce qu’il y a une part importante de notre population qui n’a que la force de leur volonté et de leur bras.»

 

Dans le montage de son projet, Paul Kenmegni a pu compter sur le SIAD : « J’ai écrit au SIAD et ça a été vraiment salutaire : on a besoin de cet accompagnement ! Je lui ai expliqué (à Guillaume Top, responsable PAPEM) mon projet et la dimension française qu’il a trouvé très intéressante. J’ai pu rencontrer d’autres partenaires (Entrepreneurs d’Afrique, Bond’innov), tout est parti du SIAD. Le fait qu’on ait trouvé mon projet intéressant m’a montré que ce que je fais à un sens. C’était la première structure à avoir donné de la crédibilité à mon projet. C’était un très grand encouragement !»

 

Comme pour beaucoup d’entrepreneurs, la création d’entreprise peut s’avérer compliquée quand on manque de moyens et de collaborateurs. C’est là que l’accompagnement devient un vrai atout et un formidable accélérateur d’idées : « C’est difficile de monter son entreprise car on a toujours besoin d’avoir une activité à côté. Ici, c’est impossible de mettre en place une entreprise en 1 an quand on n’a pas les moyens de travailler avec un cabinet de consultants. Mais c’est aussi très alléchant : si on arrive au bout, c’est le plus grand plaisir et quand l’inclusion deviendra une réalité, je pourrais dormir tranquillement. Mais pour ça, Il faut avoir des collaborateurs. Ça ne peut pas marcher tout seul. Quel que soit ton génie, tu ne peux pas être au four et au moulin.»

 

Aujourd’hui, le projet de Paul Kenmegni est sur la bonne voie : de nouveaux partenaires croient en son projet et sont même prêts à commercialiser le luffa à grande échelle en France, son projet a été retenu pour le concours « Talents des cités » et son équipe en France a depuis peu été rejointe par son fils, qui sera co-gérant de la coopérative. « J’ai vraiment de l’audace, je crois à mon projet. Un ami béninois m’a un jour dit: “L’audace est créatrice du futur”. Ca s’applique totalement pour moi ! »

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