Mangue vs Mouche

Depuis le début de l’année, le SIAD appuie l’association de migrants ARCKF et ses partenaires locaux dans la mise en place d’un circuit de commercialisation pérenne des mangues du cercle de Kéniéba au Mali. L’objectif est d’associer les producteurs du cercle à l’essor que connait le marché malien de la mangue. Pour que ce travail porte ses fruits, les partenaires se sont rapprochés de l’Institut d’économie rurale (IER) pour mieux prendre en compte la lutte contre un ravageur redoutable, parfois cause de la perte de la moitié des productions, la mouche des fruits.

La pêche des tropiques

Le manguier (Mangifera indica) serait originaire d’Asie. Il aurait été introduit en Afrique au début du Xème siècle par les arabes sur la côte est au niveau de l’actuel Kenya et de la Tanzanie. Les récits des premiers colons indiquent que l’arbre était présent en Afrique de l’Ouest avant l’arrivée des premiers européens. Sa diffusion rapide sur le territoire Africain s’explique par ses caractéristiques physiques et les apports économiques et nutritifs de ses fruits. Le manguier croît très bien dans les climats marqués par une sécheresse, car son enracinement très profond et très étendu lui permet l’absorption d’eau dans les couches inférieures et d’éléments nutritifs dans les couches supérieures du sol.

La culture du manguier a pris une forte ampleur en Afrique de l’Ouest dans les années 1980 du fait de l’intérêt suscité en Europe, qui lui reconnaît son statut de fruit exotique – la « pêche des tropiques » -, autant qu’à la banane et à l’ananas, plus anciens sur le marché. Les fruits constituent une source importante de revenus et se prêtent à diverses utilisations alimentaires, cosmétiques, etc. La mangue est riche en substances bioactives telles que le beta- carotène, nécessaire à une bonne croissance, une bonne santé des yeux et au renforcement du système immunitaire. Elle est aussi riche en vitamine C, en vitamine B1, B2 et en sels minéraux. Les feuilles et l’écorce sont utilisées à des fins médicinales.

Un moteur pour l’économie

L’Afrique de l’Ouest fournit plus de 90% des exportations de l’ensemble de l’Afrique vers les marchés de l’Union Européenne.

Les principaux bassins de production au Mali sont les régions de Sikasso, Koulikoro et Bamako. Le marché malien, touché en 2012 par la crise politique, reprend en 2013. Dans le bassin de Sikasso, 1er bassin producteur, la quantité totale de mangue fraîche commercialisée s’élève à 18 596 tonnes environ en 2013 contre 18 681 tonnes en 2012 pour toutes les variétés confondues (fraiche, séchée, purée). Cette filière fait vivre près des 2/3 de la population des trois bassins de production.

Un trésor endormi à Kéniéba

A Kéniéba (où sont produit chaque année plus de 12 000 tonnes de manque), on distingue deux types de vergers :

– les vergers traditionnels, très importants pour l’économie locale ; ils sont de petite taille, entre 10 et 100 pieds, avec une conduite naturelle sans intervention technique humaine avec des variétés locales non améliorées et fibreuses, sans irrigation et sans traitement.

– les vergers traditionnels améliorés avec un entretien et des variétés greffées (Kent, Keitt, etc.) et avec une commercialisation en zone urbaine, aujourd’hui surtout dans le cercle et la région, mais sur les placers. Ces vergers peuvent aller jusqu’à une dizaine d’hectares pour près de 1000 pieds;

Le cercle, au contraire des grandes zones de production nationales, ne compte pas de vergers modernes, avec des plantations linéaires sur des superficies allant jusqu’à plus de 50 Ha, appartenant à des coopératives ou à de grandes structures d’exportation. Le projet du SIAD et de ses partenaires tient plutôt à la structuration et la professionnalisation des exploitations familiales existantes pour abonder les marchés régionaux (Kayes, Kati, Kéniéba), nationaux et sous régionaux (Sénégal, Mauritanie), et ce avant d’envisager les marchés à l’export. Car au total, ce n’est environ que le dixième de la production d’Afrique de l’Ouest est vendu sur les marchés européens. Plus de moitié de la production, qui en général, ne correspond pas aux normes de qualité ou de calibrage requises par ces marchés, est acheminée vers les grands centres urbains.

Le péril de la mouche des fruits

Mais pour ce faire, les producteurs de Kéniéba auront fort à faire. Dans les vergers, les principales causes d’infestation qu’ils rencontrent sont la mouche des fruits : Bactrocera Invadens.

Les mouches des fruits ont un impact économique très élevé sur les vergers à cause des dégâts qu’elles provoquent et de leur prolifération facilitée en cas d’absence d’entretien des vergers. Les fruits attaqués par la mouche des fruits ne présentent pas toujours des signes extérieurs susceptibles de les faire écarter au moment du tri et du conditionnement, ou même de la distribution locale. En effet, elle pond sous l’épiderme des mangues des centaines oeufs, qui évoluent en asticots et larves après quelques jours d’incubation et causent la pourriture du fruit. Sur les marchés de destination en Europe, la seule identification d’un fruit atteint dans un lot est suffisante pour écarter tout le lot en vue de sa destruction.

La mouche des fruits est l’une des sources d’infestation des vergers causant à chaque production d’énormes pertes financières. A titre d’exemple en 2012, la mouche des fruits a fait perdre 2,8 millions d’Euros, soit 1,83 milliard de Francs CFA aux exportateurs de la CEDEAO. L’utilisation de produits phytosanitaires homologués, insecticides, pesticides et fongicides est un facteur de lutte contre ces infestations. Seules certaines molécules sont autorisées et il est important que les résidus dans le fruit ne dépassent par la limite maximale de résidus autorisée par la réglementation européenne. En plus des traitements, une hygiène de qualité  sur les sites de production est nécessaire pour limiter la recrudescence de la mouche de fruits.

Avant chaque campagne, des traitements préventifs doivent être réalisés pour éliminer les mouches. Et durant chaque campagne, il est nécessaire de veiller à laisser le dessous des arbres propres de tout fruit tomber de l’arbre. Un travail lourd en main d’oeuvre qui doit trouver une rationalité économique.

Notons que les périodes de cueillette des mangues matures varient selon les pays et les variétés, et couvrent globalement en Afrique de l’ouest la période de mars-juillet, période de pic des exportations vers l’Union Européenne, mais aussi période de préparation de la saison agricole pour les populations rurales africaines.

Le SIAD et ses partenaires sont mobilisés pour que l’or vert de Kéniéba: la mangue soit demain une alternative viable, donc débarassée des ravageurs, à l’or jaune des sociétés minières qui fait naitre tant d’espoirs décues chez les populations du cercle et au-delà.

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  1. Anne-Sophie dit :

    Bonjour,

    Des paragraphes sont identiques à un rapport de 2013 du COLEACP sur la valorisation non-alimentaire de la mangue,
    Je me demandais quel était l’original pour mettre la bonne référence dans ma bibliographie.

    Bien cordialement.

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